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Journée d'études : La vérité factuelle en question : quelles démarches critiques ?

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  • Le 03 décembre 2026
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Journée études L'espace public est actuellement saturé d'informations et de désinformations. La notion de vérité factuelle est mise en cause. Les questions socialement vives telles qu'elles sont construites dans l'espace public, se prêtent particulièrement à ce genre de traitement. On avance l'idée de "faits alternatifs". Pour certains, seul semble compter le pouvoir performatif du discours, ce qu'il peut faire croire ou faire faire, par delà de vrai et le faux. Parce qu'il n’y a pas de faits bruts et que tout fait doit être construit dans un certain cadre, peut-on aller jusqu'à dire qu'il n'y a pas de faits, seulement des interprétations, ou que les faits relèvent de l'opinion ?
Dans le cadre épistémologique de la problématisation, il s'agit de traiter la question des relations entre l'école et l'espace public en questionnant à la fois le rapport des élèves à la vérité factuelle à travers les médias, mais également les médias eux-mêmes dans leur manière d'établir et de présenter les faits. Comment les démarches disciplinaires ou interdisciplinaires peuvent-elles contribuer à un regard critique sur l'information et la manière dont les faits y sont rapportés ? Quels outils critiques proposer aux élèves pour éclairer leur jugement ?


Programme de la journée

9h - 9h20 : Accueil des participants

9h20 - 9h30 : Présentation de la journée par les organisateurs

9h30 : L’autorité des cultures disciplinaires contre la perte d’autorité des institutions scolaires, médiatiques et politiques ? Une approche didactique en histoire - Sylvain Doussot, Professeur ordinaire, Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation, université de Genève
Résumé : L’idée de mise en cause de la notion de vérité factuelle telle qu’elle est perceptible dans l’espace public n’est-elle pas elle-même le produit de cet espace public ? Si tel est le cas, il devient pertinent de chercher à reconstruire le problème qui semble s’imposer pour en faire un problème politique, notamment en questionnant les solutions éducatives qui veulent y répondre. Je propose de mener ce travail de reconstruction à propos de situations d’éducation à la citoyenneté fondées sur des évènements d’actualité, en les considérant comme des systèmes didactiques déréglés : c’est-à-dire dans lesquels l’autorité de l’enseignant-e est mise en cause comme prenant nécessairement parti, et l’autorité des savoirs médiatiques est affaiblie, conduisant l’instance élève à ne pas jouer le jeu d’apprentissage politique. D’autant plus que l’École, comme émanation de l’État est, elle aussi, soupçonnée d’être juge et partie. Sur la base de ce diagnostic, j’explore les possibilités de (re)fondation de l’autorité des institutions, au sens de Arendt, par des pratiques disciplinaires critiques objectivées destinées à suspendre tout discours autoritaire/expert sur les valeurs et les savoirs. Cette exploration prend la forme d’études de cas d’usage de la culture critique historienne sur des évènements politiques d’actualité, saisis en classe à travers des productions journalistiques.
Bibliographie :
- Arendt, H. (1972). La crise de la culture. Huit exercices de pensée politique (P. Lévy, Trad.). Gallimard.
- Doussot, S., & Fink, N. (2026). Éducation critique. Ce que peut l’histoire. Presses universitaires de Rennes.
- Enroth, H. (2023). Crisis of Authority : The Truth of Post‑Truth. International Journal of Politics, Culture, and Society, (36), 179‑195. https://doi.org/10.1007/s10767-021-09415-6
- Fabre, M. (2021). Problématologie des questions socialement vives. Repères épistémologiques pour l’école. Revue française de pédagogie. Recherches en éducation, (210), 89‑99

10h15 : Quelques éclairages sur le travail journalistique, ses normes et ses pratiques, face aux transformations contemporaines de l’écosystème informationnel - Nathalie Pignard-Cheynel, Professeure ordinaire en journalisme et communication numérique à l’Académie du journalisme et des médias, Université de Neuchâtel
Résumé : La fabrique de l’information se déploie dans une tension constante entre les normes professionnelles qui orientent l’activité journalistique et les contraintes matérielles, temporelles, organisationnelles et économiques qui structurent le travail quotidien des journalistes et des rédactions. Loin de l'illusion d'un « fait brut » qui parlerait de lui-même, la pratique journalistique consiste à sélectionner, vérifier, interpréter et mettre en récit des informations, construites et situées, via des opérations de cadrage tout en s’inscrivant dans une “recherche de la vérité” (cf. Déclaration des devoirs et des droits du/de la journaliste en Suisse).
Dans un contexte marqué par une reconfiguration profonde de l’écosystème informationnel (conduisant les journalistes à composer avec des logiques, algorithmiques notamment, qui leur échappent en bonne partie), mais également par l’évolution des pratiques d’information, un trouble informationnel (information disorder) croissant et une défiance persistante envers les médias, les professionnels de l’information sont amenés à réaffirmer la spécificité et la valeur de leur travail. Cela passe notamment par un renouvellement des liens avec leurs publics, une plus grande pédagogie et transparence sur les conditions de production de l’information (s’inscrivant dans les principes de l’éducation aux médias et à l’information) et par le développement de pratiques adaptées à l’environnement numérique, telles que le fact-checking, les enquêtes OSINT, etc.Cette conférence propose de poser quelques jalons issus des journalism studies pour mieux comprendre le travail journalistique, ses normes, ses pratiques et ses contraintes, mais aussi ses limites, ainsi que les transformations qu’il connaît face aux défis contemporains de production, de circulation et de légitimation de l’information.

11h : Discussion des deux premières interventions 

11h25 : Pause 

11h40 : Les jeunes, la (dés)information et le complotisme : apports sociologiques et didactiques pour déconstruire quelques stéréotypes tenaces - Sybille Rouiller, Chargée d’enseignement en didactique de l'éthique et cultures religieuses, de l'histoire et sciences des religions et de la didactique de la Citoyenneté, UER SHS, HEP Vaud
Résumé : Le rapport des élèves à l’(la)(dés)information et au complotisme est souvent présenté dans les médias, les sondages d’opinion (ex : IFOP, 2018, 2019, 2023) et les discours politiques comme particulièrement alarmant en raison d’une supposée crédulité juvénile généralisée, sans prendre en compte les spécificités et inégalités socioculturelles (Cordier, 2023). Notre enquête doctorale (Rouiller, 2019, 2022 et 2026) auprès d’élèves âgés de 16 à 19 ans en Suisse romande et en France (2017-2019) a permis de montrer la complexité et la diversité des rapports au complotisme pouvant exister dans cette population : ludiques, convictionnels, mais aussi des représentations variables de la « pensée critique » (tolérance absolue envers tous les discours même haineux; relativisme absolu vis-à-vis des frontières entre différents régimes de vérité; individualisme épistémique; défiance envers les expert·e·s et les consensus scientifiques) (Rouiller, 2026).
Se pose alors la question des tensions existantes entre la nécessité d’une pédagogie émancipatrice et la transmission normatives des connaissances, des méthodes, mais aussi des valeurs (Develay, 1992) en milieu scolaire. Quels sont donc les points d’attention pédagogiques et didactiques pour la mise en place d’enseignements sur le complotisme qui prendraient en compte les représentations variées des élèves (Audigier, 1996 ; Astolfi, 2008) ?
Bibliographie :
- Astolfi J.-P. (2008). La saveur des savoirs. Disciplines et plaisir d'apprendre. Paris : esf éditeur.
- Audigier, F. (1996). La didactique comme un oignon. Éducations, 7, 34-38.
- Cordier A. (2023), Grandir informés : Les pratiques informationnelles des enfants, adolescents et jeunes adultes. C&F éditions.
- Develay M. (1992). De l'apprentissage à l'enseignement, Paris : ESF.
- Rouiller, S. (2019). Éclectisme et polysémie des « théories du complot » sur le Web et dans l’industrie du divertissement. Enquête ethnographique sur leur réception par des élèves (15-18 ans) suisses et français. Sciences Religieuses / Studies in Religion, 48(4), 593‑611.
- Rouiller, S. (2022). « Théories du complot » et adolescence : enjeux sociaux et didactiques. Analyse qualitative de discours d’élèves suisses romands et français [Doctorat es Sciences des religions, Université de Lausanne, Université de Lausanne], ORFEE - HEP Vaud.
- Rouiller, S. (2026). Didactiser le complotisme par la pensée critique au risque du relativisme des élèves. Dans L. Maurines & A. Hasni (Éds.), Visions du monde, pensée critique et enseignement scientifique (pp. 151‑177). ISTE Éditions. 

12h45 : Pause 

14h15 : La question climatique à l’école à l’heure de la désinformation : penser les articulations entre savoirs scientifiques et leurs mises en media - Susan Kovacs, Enssib (École nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques), Elico (Équipe de recherche de Lyon en sciences de l’information et de la communication, UR 4147) et Denise Orange Ravachol, Université de Lille, CIREL (Centre Interuniversitaire de Recherche en Éducation de Lille, ULR 4354) – Équipe Théodile
Résumé : L’École est désormais en prise avec des problèmes sociétaux complexes (changement climatique, érosion de la biodiversité, …). Ses missions visent l’acculturation scientifique des élèves (les disciplines scolaires) et leur formation de citoyen apte à s’engager.  Dans le spectre de ses objectifs éducatifs, une insistance est mise sur l’éducation à l’esprit critique, au regard notamment du contexte sociétal où les canaux d’information et les types de désinformation sont multiples. Notre intervention se centrera sur la question climatique et interrogera les articulations entre la construction de savoirs scientifiques et leurs mises en media. Elle s’appuiera sur l’analyse d’un corpus hétérogène composé de textes de vulgarisation (édition, presse, réseaux sociaux) et de ressources pédagogiques. Notre objectif est double : nous identifions en termes de « boîtes noires » à ouvrir les savoirs scientifiques en jeu et ceux dont les jeunes ont besoin pour mieux décrypter les discours. D’autre part, nous questionnons la manière dont les mises en média des savoirs sur le climat construisent une figure d’« écocitoyen critique », et selon quelles valeurs.
Bibliographie :
- Kovacs S. (2012). L’éducation au développement durable (EDD), entre agir et comprendre: étude au sein de quatre collèges français. Spirale : revue de recherches en éducation n° 50, p. 225-237. https://www.persee.fr/doc/spira_0994-3722_2012_num_50_1_1102 
- Latour, B. (1989). La science en action. Paris : La Découverte.
- Orange, C. et Orange Ravachol, D. (2025). Éducation au développement durable ou formation de la pensée critique : faut-il choisir ? Questions Vives, N° 43. https://journals.openedition.org/questionsvives/9943 
- Perrin, E. (2022). Climate change, a challenging topic in the French curriculum (in 7th grade), Environmental Education Research. https://doi.org/10.1080/13504622.2022.2117795

15h : Peut-ont dire qu'il n'y a pas de faits, seulement des interprétations ? - Michel Fabre, Professeur émérite, Université de Nantes (CREN)
Résumé : L'aphorisme de Nietzsche sert souvent de prétexte à un relativisme qui dissout la notion de fait. En réalité Nietzsche oppose l'illusion vitale à ce qui serait une véritable lecture philologique du texte littéral du monde, toutefois impossible à soutenir. Au-delà, on tentera de distinguer trois dimensions de la factualité : ontologique, épistémologique et pragmatique. On montrera que si les faits, dans la vie quotidienne ou en science, sont bien construits, construction ne signifie pas création. L'historien construit ses faits, mais ne les crée pas de toutes pièces comme le romancier. En s'appuyant sur le réalisme italien (Ferraris, Eco) et sur la problématologie (Meyer), on plaidera pour un noyau ontologique de la factualité qui sous-tend leur construction ou interprétation.
Bibliographie :
- Eco, U. (1992). Les limites de l'interprétation, Grasset.
- Fabre, M. (2019). Éducation et (post)-vérité, Hermann.
- Fabre, M. (2026). « Faits alternatifs » et post-vérité. Comment raison garder ?" Éducation comparée. N°30. Éduquer et former à l’aire de la post-vérité.
- Ferraris, M. (2019). Post-vérité et autres énigmes, PUF.
- Ferraris, M. (214). Manifeste du nouveau réalisme, Hermann.
- Granier, J. (1966). Le problème de la vérité dans la philosophie de Nietzsche, Seuil.

15h45 : Discussion sur les deux interventions 

16h15 : Fin de la journée 

 

Conférence à distance

Cette conférence sera diffusée via l'application Zoom
Les questions et échanges se feront via le module de conversation de Zoom

Mis à jour le 04 novembre 2026.